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Le double meurtre qui fait poser des questions

Dorsinvil-LarecheSamedi 8 février, dans un quartier bien fréquenté, Daniel Dorsinvil et son épouse Guirldy Larêche se font tuer vers midi tout près d’une librairie réputée de la capitale Haïtienne. L’homme reçoit une balle dans le cœur, sa femme reçoit cinq balles, l’assassin monte sur une moto et part. Dorsinvil, quoique pas une figure publique, était le coordonnateur de la Plateforme des Organisations Haïtiennes des Droits Humains (POHDH). Sa femme travaillait comme infirmière chez l’ONG humanitaire Médecins Sans Frontières (MSF). Les assassins on fait sur le coup trois enfants orphelins.

Quoique les circonstances exactes restent encore à illuminer, la brutalité du double meurtre, en pleine journée dans une zone aisé de la capitale Haïtienne font penser à une exécution sommaire, à une attaque planifié. Dimanche dernier, 16 février, dans une foule carnavalesque qui se débauchait sur l’énorme place centrale de Port-au-Prince, les Champs de Mars, un suspect a été arrêté. Entre temps il aurait avoué, il serait envoyé. Si cette affaire ne veut pas devenir l’énième cas d’impunité, ce cancer qui empêche tout développement durable d’Haïti, c’est les motifs de cet exécution qu’il faudrait connaître, l’auteur ou les auteurs intellectuels de ce crime.

Les rumeurs ne manquent pas. Premièrement ils auraient juste fait une transaction bancaire, déclaration faite quelques heures seulement après l’assassinat par le Secrétaire d’État à la Sécurité Publique. Une déclaration qui n’est pas de nature à mettre en confiance avant même le commencement de l’enquête judiciaire. D’autres rumeurs et des motifs qui semblent plus sérieux à considérer vu les circonstances du double meurtre, ne manquent pas non plus. Guirldy Larêche était infirmière dans un hôpital de MSF, son frère est parlementaire. Daniel Dorsinvil était fondateur du Groupe Alternatif de Justice (GAJ), l’un des membres fondateurs de la POHDH, dont il était, derrière les écrans, le coordonnateur général depuis fin 2012. Il travaillait également comme ingénieur au Ministère des Travaux Publics, Transports et Communications.

Rumeurs, motifs, tout reste à vérifier par la police judiciaire avant de transférer le dossier à la justice. Bien malheureusement, c’est dans cet appareil judiciaire que – trop souvent – des dossiers s’oublient, ou se perdent tout simplement. Le tournant judiciaire intéressant dans le cas de Jean-Claude Duvalier, qui s’est vu le 19 février renverser par la cours d’appel le verdict original tel que les preuves de crimes contre l’humanité ne seraient pas suffisantes, ne doit pas faire oublier que la justice haïtienne n’est ni performante, ni indépendante.

Exemplaire, certes, mais cette décision de la cours d’appel pour un procès du moins, moins ridicule, contre Duvalier ne devrait pas masquer l’impunité qui gangrène le pays. C’est la faiblesse et la dépendance de la justice qui empêchent de développer une Haïti dont l’image n’est pas celle de l’insécurité, mais celle d’un pionnier historique, d’un pays paradisiaque si – du moins – une justice existerait.

Justice pour Daniel Dorsinvil et Guirldy Larêche. Et tous les autres, ils sont – bien malheureusement – trop nombreux à énumérer.

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