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Éclairage de rue

pap_081127_cr_electricite02La rue était éclairé hier soir. Après plusieurs tentatives système débrouille avec des lampadaires improvisés, puis la réparation des lampadaires de rue de la compagnie nationale EDH avec des ampoules pas cher, on est maintenant passé au stade suivant : des bonnes ampoules. Les fêtes de la fin d’année étaient l’occasion pour plusieurs voisins de s’investir dans ce projet de réparer l’éclairage de notre rue : l’argent rassemblé, cinq personnes pour grimper et soutenir les deux échelles noués  ensemble avec des cordes pour arriver à la hauteur des lampadaires et hop c’était réglé en moins de 2 heures de temps.

Faut dire que cela fait depuis le tremblement de terre en janvier 2010 que l’éclairage faisait défaut. La maison de ma voisine était tombé – tuant son père sur le coup – et avait éclaté le poteau d’EDH comme une allumette. L’enterrement du père de ma voisine s’était fait moins que 24 heures après le tremblement de terre, le courant a commencé a se rétablir quelques mois après la catastrophe, mais presque 4 ans après le tremblement de terre, ni le poteau, ni le câble d’une bonne centaine de mètres qui relie les deux bouts de notre rue n’ont jamais été réinstallé. C’est grâce à la débrouillardise qu’on a du courant dans la rue. Une dizaine de fils partent comme une toile d’araignée depuis le transformateur pour arriver chez les propriétaires des fils. Certains ont mis l’argent ensemble pour acheter des câbles qui peuvent alimenter plusieurs maisons. C’est sur ces câbles là que l’éclairage est branché maintenant.

Notre installation mérite de l’amélioration, certes. Depuis que la compagnie donne du courant à notre quartier, en moyenne environ 8 heures par jour ces derniers mois, l’éclairage se met en marche. Ça veut dire que les lampes s’allument en pleine journée également. A la limite ce n’est pas trop grave, sauf qu’on brûle du courant inutilement pendant qu’il fait tellement défaut dans tout le pays, y compris la capitale Haïtienne, et qu’on réduit la durée de vie de nos ampoules qu’on a acheté plutôt cher en éclairant quand on n’en a pas besoin, en pleine journée.

Avec nos 8 heures de moyenne de courant, la logique et les caprices de EDH font que ce soir, malgré nos efforts de hier après-midi, il fait de nouveau noir dans la rue. Une alternative serait d’avoir des lampadaires solaires, mais avec un coût de plus que 1000 USD par exemplaire, cela ne figure pas dans la liste des possibilités de ce qu’on peut organiser entre voisins. De plus, malgré mon admiration pour la merveille des énergies renouvelables, avec les dix lampadaires dont on aurait besoin, je me dis que si cela serait fait pour toutes les rues de Port-au-Prince, on aurait mieux investi l’argent dans le rétablissement du réseau et des centrales électriques – solaire, pourquoi pas – dont la capitale et le reste du pays ont tellement besoin.

Cette année l’État a éclairé toute l’autoroute de Delmas avec ces panneaux solaires. Certes, il est beaucoup plus agréable de passer sur ce tronçon d’environ 5 ou 6 kilomètres qu’avant : on distingue les trous et les tas de gravats, on voit les voitures sans lumières, et l’autoroute semble plus vivant de nuit maintenant. Mais je ne veux pas savoir combien d’argent a été dépensé pour le faire. Va t’on entretenir les batteries dans ces lampadaires et ne va t’on pas voler les panneaux solaires ? Les panneaux ont la tendance de se faire des ailes et s’envoler pendant la nuit. Ce pays est en manque permanent d’énergie et les panneaux solaires – volés ou non – trouvent toujours un utilisateur. Dans ce sens je me dis qu’il aurait été certes moins visible, mais plus durable de réparer et moderniser le réseau électrique existant.

Le réseau existant semble à un bric-à-brac de fils « araignée » autour des transformateurs accrochés aux poteaux en bois, dont certains ne soutiennent nullement les fils électriques mais sont paradoxalement tenu en place par les fils. Sur chaque Kilowattheure produit, EDH perd une quantité importante dans le réseau avec des installations souvent datant de l’époque de Jean-Claude Duvalier. Une autre partie de l’électricité ne génère pas de recettes parce que le « vol » de l’électricité est une pratique courante. « Vol » étant un gros mot, il faut tout de suite nuancer. J’ai été un voleur d’électricité aussi moi. Ayant fait ma demande chez la compagnie pour un branchement dans l’appartement que j’allais habiter, je n’ai pas attendu de faire brancher mes fils électriques par l’un de mes voisins. Je n’ai pas eu entièrement tort, car pendant plus de 6 mois EDH n’est jamais passé pour installer le compteur, malgré que j’étais passé au moins trois fois au bureau pour leur avertir qu’en attendant « je m’étais débrouillé ». A chaque fois les employés de l’EDH me rassuraient : « mais c’est toute à fait normale monsieur, on comprend que vous ne pouvez pas rester sans électricité. »

Quoi qu’il en soit, avec mes réserves mentionnés ci-haut, en attendant que l’électricité de EDH se fait moins rare, comme mes voisins, je ne dirai pas non à quelques lampadaires solaires. On pourrait toujours aller poser une demande chez une ONG qui travaille dans la zone, il paraît qu’il reste de l’argent destiné pour la reconstruction. Et n’avait t’on pas dit qu’on allait reconstruire en mieux ?

Ce soir, 25 décembre, la rue est noire. Peut-être un fil qui s’est cassé quelque part ? Peut-être on en a eu beaucoup hier pendant toute la journée et toute la nuit puis faut en donner ailleurs maintenant ? Peut-être il n’y a plus de carburant dans la centrale ? Ou peut-être ça va venir plus tard tout simplement. Pour le moment, on ne peut que patienter et se parler dans le noir entre voisins. En tout cas, on sait que si EDH aurait la volonté de nous donner du courant ce soir, on aura de l’éclairage dans la rue que grâce au voisinage qui a réparé ce que la compagnie aurait du réparer il y a bientôt 4 ans.

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