avec-papiers.be Rotating Header Image

Le salaire minimum

Ouvriers au Parc Industriel de Caracol. (c) 2012 Joris WillemsLes ouvriers de plusieurs usines de sou-traitance ont pris la rue au moins 3 fois la semaine dernière pour réclamer un salaire qui leur permet de vivre. Le salaire minimum pour ces ouvriers est aujourd’hui 200 Gourdes (1USD=41,4HTG) et serait fixé à 225 le premier janvier. Provoqués par la proposition du Conseil Supérieur des Salaires (CSS) les ouvriers réclament 500 Gourdes et des aides sociales. En effet, avec tous les coûts de transport et de nourriture, l’éducation des enfants, la santé, le logement et autres, les 225 Gourdes paraissent une autre insulte aux ouvriers de la sou-traitance.

C’est la première fois depuis 2009 qu’on doit voter sur le salaire minimum. A l’époque il s’agissait d’une augmentation de 70 à 200 Gourdes et ce salaire augmenterait graduellement pour atteindre un niveau de 300 Gourdes en 2012. Mais l’Association des Industries d’Haïti (ADIH) avait réussi de faire introduire une exception pour les entreprises de sou-traitance orienté vers l’exportation. En pratique c’est les entreprises qui coudent vos T-Shirts pas cher. Pour ces industries le salaire minimum devait augmenter à 125 Gourdes en 2009 pour atteindre 200 en 2012. Bien que la logique voudrait que le salaire minimum doit s’adapter aux coûts de vie, pour une certaine catégorie d’ouvriers c’était plutôt la volonté des industriels qui était appliqué dans la détermination de leur salaire minimum. Comme si pour eux la vie serait moins cher.

Juste avant la publication du rapport du CSS je lisais une note dans le quotidien Le Nouvelliste. La note indiquait une fois de plus qu’il faut tenir Haïti compétitive dans le secteur en faisant référence aux trois pays concurrents dans la production de l’habillement et des textiles : le Cambodge, Le Vietnam et le Bangladesh. Que ces pays se trouvent de l’autre côté de la planète et qu’Haïti est bien plus près du marché États-unien ne semble pas pris en compte. D’ailleurs, doit t’on rappeler que c’est dans les usines du Bangladesh qu’en une année plus de 1000 personnes ont trouvé la mort ? En autre mots : négligeons les conditions de travail et le coût de vie et gardons une catégorie d’ouvriers qui sont payé moins que ce dont ils ont besoin pour répondre à leur besoins.

Après les manifestations de cette semaine l’ADIH et le Forum économique condamnaient des violences au parc industriel métropolitain qui auraient eu lieu le 10 et le 11 décembre. Le Forum estime que 30.000 ouvriers ont été pris « en otage » par des « individus se réclamant du secteur syndical », appelés plus bas dans la note des « révolutionnaires de salon », qui réduisent à néant les initiatives pour attirer des investisseurs étrangers pour venir « créer des emplois durables ». En réalité, avec les 125, puis 200, et – à partir de janvier 2014 – 225 Gourdes, il paraît plutôt que c’est les industriels qui tiennent les ouvriers en otage avec un salaire qui est basé sur leur conseils au lieu du coût de vie.

Ces soi-disant violences, j’aimerais bien en savoir un peu plus. Peut-être il y en a eu, honnêtement, je ne sais pas. Mais un souvenir de 2009 m’en fait douter. Je me rappelle un spot de publicité à la radio d’une illustre organisation de chômeurs dont personne n’avait jamais entendu parler. Cette organisation, dans une campagne de publicité à la radio, criait haut et fort qu’ils préféraient de la création d’emplois à un salaire de 125 Gourdes que pas d’emplois à 200 Gourdes. En pratique ils défendaient donc carrément les propositions de l’ADIH d’avoir une exception pour le secteur de sou-traitance. De toute vraisemblance ce spot était financé par des industriels pour appuyer leur opposition à un salaire de 200 Gourdes. En effet, comment une organisations de chômeurs (dont personne n’avait entendu parler) payeraient pour une campagne de publicité à la radio ?

Qu’on parle aujourd’hui de violence reste pour moi à vérifier. L’ADIH a pu bénéficier de son exception salariale pour le secteur de sou-traitance depuis 2009. Entre temps il n’ont jamais fait preuve d’avoir respecté même ce salaire  inférieur au salaire minimum « normal ». Un rapport récent de Workers Rights Consortium dénonce le non-respect systématique de la loi sur le salaire minimum et parle de « vol » de salaire. En réaction à ce rapport Fruit of the Loom et Gildan ont incité leurs fournisseurs haïtiens de respecter la loi et de donner un salaire adéquat aux ouvriers. En réponse ces fournisseurs Haïtiens ont opté de maintenir leur logique discriminatoire : il existe des ouvriers qui ne méritent pas le minimum de vie.

0 Comments on “Le salaire minimum”

Leave a Comment